IKONIUM HORS LES MURS


25                       

rencontre / débat

1 février 2012

présentation françois eyriolles

 

LIU XIAOBO

 

avec

JEAN-PHILIPPE BEJA

traducteur de

« la philosophie du porc et autres essais »

gallimard




En contrepoint de la fascination bienveillante de nos sociétés pour la Chine et son économie gargantuesque, il n'est peut-être pas inutile de lire LIU XIAOBO, toujours emprisonné pour avoir demandé poliment aux successeurs (sans vergogne) du plus grand criminel de tous les temps, Mao Zedong, (70 millions de morts en temps de paix), un peu plus de démocratie.


 

Jean-Philippe BEJA

 

Jean-Philippe Béja  a choisi et traduit quelques essais réunis sous le titre : "la philosophie du porc et autres essais". Il est entre autre diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, de l'Université Paris VII (chinois), du Centre de formation des journalistes (CFJ), de l'Université du Liaoning (littérature chinoise), Directeur de la rédaction de « Perspectives chinoises / China Perspectives », etc…etc… Il a choisi d’intituler son intervention : 

« VIVRE DANS LA VERITE AU PAYS DU MENSONGE ».

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extrait de la  préface de Vaclav HAVEL à  « la philosophie du porc et autres essais»


NE VOUS INQUIETEZ PAS DE L'ISSUE INCERTAINE DE VOTRE COMBAT POUR LES DROITS DE L'HOMME, DE NE PAS SAVOIR SI ET QUAND IL PORTERA DES  FRUITS CONCRETS. JE PARLE D'EXPERIENCE : POUR NOTRE PART, NOUS NOUS SOMMES EFFORCES DE FAIRE DE BONNES CHOSES PARCE QU'ELLES  ETAIENT BONNES, SANS CALCULER L'ECHEANCE OU L'IMPORTANCE DU PROFIT"



Vaclav HAVEL


« Je veux redire à ce pouvoir qui me prive de ma liberté que je persiste dans la conviction que j’avais affirmée il y a vingt ans dans ma Déclaration de grève de la faim du 2 juin : Je n’ai pas d’ennemis, je n’ai pas de haine. »


Lorsque ces paroles tirées de la déclaration de Liu Xaobo à son procès ont été lues par Liv Ullmann dans l’hôtel de ville d’Oslo lors de la cérémonie du prix Nobel de la Paix, les mille invités se sont levés à l’unisson pour l’applaudir longuement.



LIU XIAOBO

 

Jean-Philippe BEJA sur France-Culture

Jean-Philippe BEJA aux Matins de France-Culture

Reporters sans frontières : n’oublions pas Liu Xiaobo



à propos…

 

(…) A la cérémonie d’Oslo, un fauteuil vide remplaça le lauréat absent. En quelques heures, ce « fauteuil vide » devint pour les autorités communistes un diabolique et menaçant fantôme : en Chine, ces deux mots furent bannis d’Internet, et leur seule apparition suffisait à déclencher automatiquement tous les mécanismes de censure (…)

(…) L’essor économique de la Chine domine maintenant tout le paysage des affaires internationales.(…) Partout dans le monde, les personnes qui réfléchissent un peu souhaiteraient en savoir plus long. (…) Pour satisfaire ce nouveau désir d’information l’industrie de l’édition est en train de livrer une production vertigineusement variée.(…) Toutefois, émergeant de cette production confuse, il y a UN livre (1) dont la lecture devrait s’imposer de toute urgence, tant au chercheur spécialisé qu’à l’honnête homme soucieux d’une authentique compréhension – et c’est ce recueil d’essais de Liu Xiaobo, judicieusement choisis, présentés et traduits par des sinologues qui ont bénéficié et d’une longue expérience de la Chine, et de leur fréquentation personnelle de l’auteur.


(1) plus exactement deux livres – un recueil français, édité et  traduit par J.-Ph. Béja (Liu Xiaobo, La Philosophie du porc et autres essais Gallimard, 2011) , et un recueil américain, dû à Perry Link  et son équipe de traducteurs (Liu Xiaobo, No Enemies, No Hatred, Harvard University Press, 2012) Vaclac Havel, dont l’exemple avait inspiré l’auteur, a préfacé l’un et l’autre ouvrage. (…)


Simon LEYS

Le studio de l’inutilité

pages 185,164 &165

gallimard



 

En avril-mai 1974, Roland Barthes a effectué un voyage en Chine avec un petit groupe de ses amis de Tel Quel. Cette visite a coïncidé avec une purge colossale et sanglante, déclenchée à l’échelle du pays entier par le régime maoïste – la sinistrement fameuse « campagne de dénonciation de Lin Biao et Confucius » (pi Lin pi Kong) . A son retour, Barthes publia dans Le Monde un article qui donnait une vision curieusement joviale de cette violence totalitaire : « Son nom même, en chinois Pilin-Pikong, tinte comme un grelot joyeux, et la campagne se divise en jeux inventés : une caricature, un poème, un sketch d’enfants au cours duquel, tout à coup, une petite fille fardée pourfend entre deux ballets le fantôme de Lin Biao : le Texte politique (mais lui seul) engendre ces menus happenings. » (…)

Devant les écrits « chinois » de Barthes (et ses amis de Tel Quel), une seule citation d’Orwell saute spontanément à l’esprit : «  Vous devez faire partie de l’intelligentsia pour écrire des choses pareilles ; nul homme ordinaire ne saurait être aussi stupide. »

Ibid. pages 211, 214 & 215


Institut des Libertés : Connaissez-vous Simon LEYS ?



Simon LEYS


Simon Leys, l’intempestif


un des rares écrivains vivants que l’on devrait déclarer d’utilité publique


En ce temps-là, tout anticommuniste était un chien. Achat obligé en Chine sous peine de travaux forcés, le Petit Livre Rouge se vendait comme des petits pains à Saint-Germain-des-Prés. Philippe Sollers s’exaltait à traduire des poèmes du Grand Timonier dans Tel Quel. Et parce qu’il avait osé le premier un essai critique sur la Révolution Culturelle avec Les Habits neufs du Président Mao (1971), la sinologue maoïste Michelle Loi ne trouvait rien de plus honnête que de révéler le véritable patronyme de Simon Leys dès le titre de son libelle contre lui Pour Luxun. Réponse à Pierre Ryckmans (Simon Leys), espérant ainsi que celui-ci devienne persona non grata en Chine. Il est vrai que l’on ne s’en prenait pas comme ça à la « Révo.Cul. » et à ses laudateurs dont Jean-François Revel dirait plus tard que s’ils n’avaient pas de sang sur les mains, ils en avaient sur la plume.(…)

CAUSEUR, mai 2012

 

 




Jung CHANG & Jon HALLIDAY

Mao

l’histoire inconnue

gallimard


« Mao Zedong, qui pendant vingt-sept ans détint un pouvoir absolu sur un quart de la population du globe, fut responsable de la mort d’au moins soixante-dix millions de personnes en temps de paix, plus que tout autre dirigeant au XX° siècle. » Ces lignes, par lesquelles s’ouvre le livre de Jung Chang et Jon Halliday, annoncent clairement leur propos. On ne trouvera pas dans cette biographie un nouveau portrait, plus ou moins hagiographique, du Grand Timonier, dont l’apport théorique, résumé dans le Petit Livre Rouge, et la praxis révolutionnaire « au service des masses » ont naguère fait tourner tant de têtes pensantes en Occident.

Mao Zedong n’était mû ni par l’idéalisme ni par l’idéologie. S’il adhéra au marxisme-léninisme, c’est avant tout parce que cette doctrine lui permettait de s’emparer du redoutable instrument de pouvoir qu’avait créé Lénine : le parti unique. Maître du Parti communiste chinois à la fin des années 1930, puis, en 1949, de tous les leviers de commande de son pays, après une guerre civile meurtrière et avec le concours décisif de l’URSS, Mao devint alors, comme l’a écrit Simon Leys, « le suprême despote totalitaire ».Presque invisible, comme l’avaient été les empereurs, il imposa à son peuple un état permanent de mobilisation quasi militaire et une existence aride, périodiquement entrecoupée d’explosions de violence et de « campagnes de terreur » dévastatrices.

Mais cette terreur était aussi pour lui un moyen d’accomplir le dessein, tenu secret, qu’il nourrissait depuis son accession au pouvoir : faire de la Chine une superpuissance militaire, et dominer le monde. La poursuite de ce rêve entraina la mort de trente-huit millions de ses compatriotes, au cours de la plus grande famine de l’Histoire. La mise en lumière de cet aspect essentiel, et méconnu, de son règne est sans doute la principale révélation qu’apporte ce livre, qui en compte beaucoup d’autres : sur la mythique Longue Marche, sur les liens étroits de Mao avec Staline, sur son comportement désinvolte mais non moins despotique avec ses épouses successives, ses enfants et ses maîtresses. Fruit de dix années de recherches, en particulier dans des fonds d’archives longtemps inaccessibles, nourri de nombreux témoignages inédits, cet ouvrage se lit à la fois comme un récit d’horreur poignant et comme un précis de philosophie politique digne de Machiavel. Nulle destinée ne saurait sans doute mieux que celle de Mao illustrer la brutale maxime de Lin Biao, qui fut  longtemps son complice avant d’être sa victime : « Le pouvoir politique, c’est le pouvoir d’opprimer les autres. »

quatrième de couverture






YANG JISHENG

stèles

la grande famine en chine, 1958-1961

seuil


Le « Grand bond en avant », initiative délirante conçue et imposée par Mao Zedong, résulta en une gigantesque famine, entrainant la mort d’au moins 36 millions d’innocentes victimes (hécatombe presque trois fois plus lourde que celle causée par le Japon en huit années d’une impitoyable guerre d’agression). D’importants travaux de recherche ont récemment paru sur la grande famine maoïste (sujet qui, en principe, reste toujours tabou en Chine même), mais le livre de Yang Jisheng est particulièrement poignant : c’est l’œuvre d’un témoin direct, qui grâce à son emploi professionnel (ancien journaliste de l’Agence Chine nouvelle), a eu accès aux documents d’archives et a poursuivi pendant douze ans une série d’enquêtes sur le terrain. Le texte original – que l’auteur a dédié à la mémoire de son père, mort de faim, et à celle de toutes les autres victimes de ce même désastre – a été interdit de publication en Chine, mais il a trouvé un éditeur à Hong Kong où il a paru en 2008 sous le titre de Mubei. L’auteur lui-même, bien que toujours en Chine, n’a pas été inquiété, et ses lecteurs continentaux peuvent s’approvisionner à Hong Kong sans grande difficulté. Sur ce sujet, l’attitude de la censure est d’une éloquente ambivalence…

En France, l’excellente traduction de Louis Vincenolles permettra enfin au grand public de mesurer dans toute son horreur l’ampleur du crime maoïste dont l’évidence n’échappe plus maintenant qu’à un ou deux philosophes à la mode.

Simon LEYS

Commentaire N° 144

page 898