IKONIUM HORS LES MURS


35                       

rencontre - débat

4 juillet 2012


ROBERT O. PAXTON

 

« l’europe au XX° siècle »

présentation

ANTOINE BOSSHARD

 


 



Robert Paxton est un peu plus qu’un historien de renom, il est devenu une sorte de « lieu de mémoire ». C’est ainsi qu’Henri Rousso, un de vos confrères, parle de vous, Monsieur, dans un ouvrage consacré en 2004 à  la France sous Vichy  et à votre oeuvre.

Extraordinaire hommage ! Ainsi donc, né à Lexington, en Virginie, en 1932, l’Américain que vous êtes mériterait de figurer, aux côtés du coq gaulois, de la Marseillaise, de la basilique de Vézelay, de Versailles, de la forêt française, de Jeanne d’Arc et de Charlemagne dans cette passionnante galerie conçue il y a quinze ans par Pierre Nora ? Où apparaissent aussi Eugène Lavisse et l’Ecole des Annales, tout de même plus proches de vos préoccupations ? De fait, l’itinéraire qui est le vôtre, où l’on note un voyage familial à Paris à l’âge de 18 ans, est comme dessiné par la France. Etudiant des universités de Washington, de Lee University, d’Oxford et de Harvard dès les années 50, vous êtes, dès 1961 enseignant à Berkeley, puis à la State University de New York, enfin à l’Université Columbia. Et on ne compte plus les enseignements que vous avez assurés dans des universités étrangères, dont l’Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales de Paris : vous y fûtes invité à plusieurs reprises.

Ainsi, comme un fil rouge, tout au long d’une carrière récompensée de très nombreuses distinctions, la France ne cesse de solliciter votre attention, votre passion pour ce pays à la fois si étrange, si séduisant, pour l’Anglo - Saxon que vous êtes.  Aux côtés de plusieurs ouvrages et d’une grappe d’articles sur les fascismes, sur Darlan, sur Vichy en 1944, sur la singularité de ce pays, sur la collaboration, un livre aura fait sensation : La France de Vichy, paru en 1972 en anglais, puis l’année suivante en français. Mieux qu’un best-seller, cette étude est en lui-même un moment d’histoire, comme le dit Rousso, car vous avez alors renversé durablement le regard porté sur la période de la collaboration, en rappelant d’une part que le régime instauré en 1940 fut une révolution, une révolution conservatrice. De l’autre, vous montrez, en vous fondant sur des sources allemandes inexploitées, que loin d’être passifs à l’égard des nazis, les dirigeants de l’époque, Pétain et Laval, n’ont pas cessé de prendre des initiatives destinées à complaire à l’Allemagne. A devancer ses demandes. Mieux : qu’il est un lien étroit entre révolution intérieure et politique étrangère du régime de Vichy. D’autres historiens, français, avant vous, avaient déjà travaillé dans ce sens. Mais le retentissement de Vichy et les juifs, accueilli fraîchement par la presse de l’époque, a atteint et bousculé l’opinion de ce pays. Désormais, Vichy ne serait plus une parenthèse, comme l’avait accrédité de Gaulle, comme pour mieux légitimer son propre rôle. C’était un moment, sombre, mais bien réel, de la France contemporaine, comme devait le reconnaître le président Chirac en 1995 à Drancy.

Ce soir, vous avez bien voulu parler à votre public clunisien d’un ouvrage paru dans les années soixante-dix, mais publié il y a quelques mois seulement en français. Sous sa forme actuelle, L’Europe au XXe siècle est la version la plus récente de cette très vaste entreprise, A laquelle vous avez associé, pour cela, l’historienne américaine Julie Hessler, spécialiste de l’URSS. Un siècle de barbarie ouvert avec la guerre de 14, notez-vous avec d’autres historiens. Mais qui, depuis 1945, a connu un étonnant redressement, comme si un cycle d’horreurs s’était subitement brisé. En vous écoutant ce soir, nos amis seront d’autant plus attentifs à votre regard sur ce siècle terrifiant, qu’ils savent l’acuité de celui que vous avez posé sur la France. En vous remerciant déjà, je me permets de me faire l’interprète de leur impatience. Et je vous cède la parole.

 

 

Antoine BOSSHARD   

  

Interview de Robert PAXTON par Antoine Bosshard (22:53)

 

à propos…

 

 


Est-il aujourd’hui possible d’écrire une histoire politique du régime de Vichy ? Un universitaire américain, Robert O. Paxton, répond ici par l’affirmative : refusant de prendre au pied de la lettre la kyrielle de témoignages pro domo dont la littérature politique s’est enrichie, passé la guerre et la libération, il a appuyé son étude sur les écrits contemporains des événements et surtout mis à profit la richesse des archives allemandes et américaines qui remettent en question, sur tant de points, les assertions de ceux qui avaient voulu, à la faveur d’une défaite nationale et sous l’œil de l’occupant, entreprendre une nouvelle restauration.

Cet ouvrage iconoclaste est devenu un classique. La présente édition a été revue corrigée et augmentée en fonction des recherches les plus récentes.


Robert O.PAXTON

La France de Vichy

quatrième de couverture

points

 

(…) Il faut pour terminer porter une grave accusation morale contre les dirigeants de Vichy. Tout d’abord, ils ont utilisé la défaite de 1940 à des fins étroitement sectaires : ils voulaient se venger du Front Populaire et reconstruire le pays selon des conceptions nouvelles, tout aussi partisanes que les anciennes et servant des intérêts encore plus limités. Cela ne signifie pas qu’ils avaient tramé la catastrophe. Mais ils ont commis la plus élémentaire des fautes politiques : édicter des lois nouvelles sous l’œil d’une armée ennemie.

En outre, ils ont aggravé les dissensions intestines. Aucune des autres grandes puissances vaincues n’était entrée si déchirée dans le conflit ; aucune n’a profité de l’Occupation pour remanier aussi fondamentalement ses institutions. A partir du moment où paraissent les premières biographies du maréchal Pétain (1966), on prend l’habitude de rejeter sur de Gaulle (un sectaire intransigeant) et sur les résistants (des hors-la-loi assoiffés de vengeance) le blâme des lamentables querelles qui ont écartelé le pays à la Libération. Pourtant ceux qui avaient délivré la France souhaitaient l’apaisement d’une réconciliation, tout en étant déterminés, à fort juste titre, à éliminer et punir les collaborateurs. La preuve en est l’armée de la libération, heureux amalgame de l’armée d’armistice, de la France libre et des Forces françaises de l’intérieur (FFI), commandée par deux ex-pétainistes (de Lattre de Tassigny et Juin) et un gaulliste (Leclerc de Hauteclocque). Si la réconciliation ne l’a pas emporté sur la vengeance en 1944, c’est en grande partie parce que Vichy ne s’était pas contenté d’expédier les affaires courantes, comme ses thuriféraires le prétendent. Il a ouvert une nouvelle phase de la guerre civile larvée des années 30. Il a perdu son pari géopolitique, puisque le conflit ne s’est terminé ni par une victoire de l’Allemagne ni par une paix de compromis dont il aurait été le médiateur, mais par le triomphe total des Alliés. Il avait semé le vent des passions partisanes, il a récolté la tempête.

Reste le problème de la complicité. En payant à un prix toujours plus élevé une ombre de souveraineté qu’il devait sans cesse acheter, le régime a rendu bien des Français complices d’actes et de mesures politiques qu’ils auraient normalement réprouvés. Ils ont été des millions à témoigner au maréchal Pétain en particulier une confiance dont ils ne sont pas coutumiers. Après l’occupation totale du pays en novembre 1942, ou du moins après la crise constitutionnelle de novembre-décembre 1943, il ne fallait plus cautionner une entreprise qui faisait faillite. « La vieillesse est un naufrage », disait de Gaulle, mais les Allemands qui ont rencontré Pétain en 1943 l’ont encore trouvé vigoureux et alerte. Il avait de surcroît dans son entourage des hommes ayant à leur actif des études et une carrière administrative plus brillantes que celles des derniers dirigeants de la III° République. Ces hommes intelligents et compétents ont conduit d’autres hommes, des Français, à se faire les complices des derniers sursauts, les plus violents parce que désespérés, du Reich aux abois : les rafles de Juifs étrangers et français, le travail obligatoire, les représailles contre une Résistance de plus en plus énergique. Comment expliquer une erreur de jugement aussi monstrueuse ?

Les raisons tactiques, l’espoir de sauver la France du pire ne peuvent justifier cette complicité après novembre 1942. Sur les quatre cartes composant la donne des négociations – la défaite militaire, la poursuite de la guerre, les deux tiers les plus riches du pays sous la botte de l’Allemagne, mais la marine et l’empire hors de sa portée-, Vichy n’en a jamais eu qu’une seule en main, la dernière .Encore l’a-t-il perdue après l’invasion de la zone libre, le sabordage de la flotte et le passage de l’Afrique du Nord à la dissidence. Dorénavant la vie ne fut manifestement pas plus facile en France que dans les pays d’Europe occidentale entièrement occupés.

C’est donc pour d’autres motifs évidemment que des Français se sont laissé entraîner jusqu’au bout sur une mauvaise pente. L’inertie bureaucratique, l’impossibilité de voir quoi que ce soit au-delà de l’efficacité administrative, ont joué sans aucun doute. Mais il y eut surtout l’attrait de la révolution nationale pour ceux qui en était férus.

Pourtant quand tout est dit, il reste un dernier chef d’accusation, plus subtil celui-là : la peur de l’agitation sociale, le pire des fléaux. Des hommes, parmi les plus doués, ont continué, aussi écrasante que fût la tâche, à maintenir le régime vaille que vaille dans des conditions toujours plus défavorables. S’il disparaissait, qui assurerait l’ordre ? Mais en sauvant le régime, ils ont perdu la nation. Ceux qui voient dans la paix sociale l’objectif ultime savent contre quoi ils s’insurgent, mais non ce à quoi ils s’accrochent ; à la simple routine, le plus souvent.

Lorsqu’il fallut choisir – et le choix était dramatique – entre deux solutions : faire son travail, donc courir des risques moraux et abstraits, ou pratiquer la désobéissance civile, donc s’exposer à des dangers physiques immédiats, la plupart des Français ont poursuivi leur travail. L’auteur et les lecteurs de cet ouvrage auraient peut-être été tentés, hélas, d’en faire autant.

Il est parfois dans l’histoire d’un pays un moment cruel où pour sauver ce qui donne un vrai sens à la nation, on ne peut pas ne pas désobéir au gouvernement. En France, c’était après juin 1940.

Ibid.

pages 436,437 & 438

 

"Révolutionnaire"... C'est ainsi que fut salué l'ouvrage de Paxton à sa sortie, en 1972. Trente ans plus tard, on comprend encore l'onde de choc soulevée par les thèses novatrices de cet historien américain. Adoptant une démarche dépassionnée sur un sujet qui ne l'était guère, usant de méthodes rigoureuses et d'autant plus percutantes qu'elles étaient fondées sur l'impartialité, Paxton s'en allait tranquillement dire aux Français, preuves à l'appui, que le régime de Vichy avait recherché la collaboration avec l'occupant, entraînant le pays sur la voie d'une déchéance morale, dont les tenants et les aboutissants étaient scrupuleusement analysés. En voulant sauver l'État, Vichy avait failli perdre la nation et l'État. Parce que ses conclusions ont des résonances terriblement actuelles - au point que l'auteur a été appelé à éclairer les jurés lors du procès Papon - La France de Vichy demeure la référence bibliographique incontournable sur cette période troublée.

Sté Babelio

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Il est peu de sujets aussi pénibles que celui de ce livre : le rôle joué entre 1940 et 1944 par l’Etat français et par une fraction de la population pour assujettir les juifs de France à diverses incapacités juridiques, faire apposer une mention particulière sur leurs documents d’identité et finalement, pour près de 76 000 d’entre eux, les livrer à la déportation dans les camps de la mort. La charge affective d’un tel sujet ne nous paraît pas devoir justifier l’abstention des historiens de métier, au contraire. Nous pensons qu’il mérite les efforts les plus consciencieux de la part des chercheurs compétents et que le moment est venu de la traiter : l’essentiel des archives qui s’y rapportent peuvent enfin être consultées, et beaucoup de survivants peuvent encore apporter leur témoignage.

Les lecteurs français ne devraient pas être surpris de l’identité des auteurs, dont l’un est Canadien et l’autre Américain. Notre sujet est, à proprement parler, international. Les sources écrites sont rédigées en allemand, en anglais, en italien et en yiddish autant qu’en français. La « solution finale » était une entreprise internationale, dont les bourreaux, oeuvrant dans de nombreux pays, n’étaient pas uniquement allemands mais appartenaient à beaucoup de nationalités. Les préjugés raciaux et ethniques ne sont le monopole d’aucun pays : en ce domaine rien ne permet aux étrangers de s’instituer légèrement en accusateurs de la France, et réciproquement. La tâche que nous nous sommes assignée est simplement d’établir, avec toute l’exactitude possible, ce que furent la politique et l’action de Vichy à l’égard des Juifs.

(…) La politique de Vichy ne peut être comprise à partir des seules sources françaises. Nous avons voulu établir de façon certaine si les autorités d’occupation allemandes avaient exercé des pressions sur Vichy pour lui faire prendre ses premières mesures antijuives, et apprécier le poids de l’influence allemande sur celles qui ont suivi.

(…) Les Allemands n’ont pas été la seule puissance occupante en France ; les Italiens eurent à appliquer l’armistice à l’est du Rhône et occupèrent directement cette région de novembre 1942 jusqu’à ce que l’Italie se retire de la guerre en septembre 1943. (…) Les sources allemandes et françaises déjà citées sont beaucoup plus riches d’indications sur l’obstruction des autorités italiennes contre les mesures antijuives de Vichy dans leur zone d’occupation.


Michaël R. MARRUS & Robert O. PAXTON

Vichy et les juifs

introduction-pages 9 à 13

le livre de poche

 

 18 octobre 1940 : le « statut des Juifs » est publié. 31 juillet 1944 : le dernier convoi de déportés quitte Drancy pour Auschwitz. Ces deux faits et ces deux dates marquent  le début et le terme de la politique du régime de Vichy envers les Juifs. Mise en œuvre dès l’été 1940, la politique antisémite française aura donc d’abord été l’apanage du seul gouvernement de Vichy, sans qu’il soit besoin de pressions allemandes. Bilan : 75 000 déportés. (…)

Ibid.

quatrième de couverture

 



(…) Ce livre propose un vaste échantillon de la manière dont les écrivains, hommes de presse et éditeurs français réagirent à ces épreuves. Que fallait-il faire ? Se ranger du côté des conquérants ? Résister à l’occupant et à ses collaborateurs vichyssois, au mépris des risques encourus et malgré le sentiment que cela ne servait à rien ? Se détourner de la politique et se consacrer aux expériences esthétiques de l’art pour l’art ? Ou bien se taire et attendre des jours meilleurs ?

Se taire était un choix difficile. Le silence n’est pas le fort des écrivains ni des intellectuels, sans compter que les moins bien établis d’entre eux devaient gagner leur vie. En outre, l’opinion française attendait d’eux une direction. Le rôle public des intellectuels a toujours paru plus important en France que partout ailleurs ou presque. On attendait des écrivains qu’ils éclairent leurs concitoyens sur les causes de la calamité nationale et sur les façons d’y remédier. Et pour mettre un comble aux pressions exercées, les deux dictatures recherchaient activement leur concours, afin de mieux asseoir leur légitimité. (…)


Robert O. PAXTON - Olivier CORPET - Claire PAULHAN

Archives de la vie littéraire sous l’occupation

page 6

tallandier


 

Interview de Robert Paxton à l’occasion de l’exposition : 

 « Archives de la vie littéraire sous l’occupation » (19:20)

 

 


 

LA FRANCE SOUS VICHY

AUTOUR DE ROBERT O. PAXTON

 

sous la direction de

Sarah Fishman, Laura Lee Downs, Ioannis Sinanoglou,

Leonard V. Smith, Robert Zaretsky

 

textes de :

Jean Pierre Azéma, Philippe Burin, Yves Durand, Sarah Farmer, Sarah Fishman, Bertram M. Gordon, Wilfred D. Halls, John Hellman, Stanley Hoffmann, Harry R.Kedward, Pierre Laborie, Michael R. Marrus, Pascal Ory, Denis Peschansky, Miranda Pollard, Jean-Pierre Rioux , Henry Rousso, Léonard V. Smith, John Sweets, Dominique Veillon, Robert Zaretsky


éditions complexe (2004)

 

Trente ans après la traduction de La France de Vichy (1973), une vingtaine d’historiens rendent hommage à Robert O. Paxton. Cet universitaire américain, de son regard à la fois étranger et distant, a changé durablement les représentations collectives des «  années noires ». Dans une historiographie alors axée sur les responsabilités allemandes ou sur l’histoire de la résistance, il a opéré une révolution épistémologique, déplaçant l’angle d’observation de l’occupant allemand vers l’ « état français ». Il a révélé ainsi à quel point ce dernier avait exercé une politique propre, marqué par le choix de la collaboration d’Etat et celui d’une rupture définitive avec la République.

Le présent ouvrage offre un bilan de la production savante de ces vingt dernières années et dresse des perspectives de recherche. Il donne un aperçu des travaux sur les rapports entre occupants et occupés, d’un point de vue politique, social ou culturel, en insistant sur des questions touchant à l’opinion, aux réactions de la société française, à la vie quotidienne. Le volume se termine sur une interrogation concernant le souvenir récent de cette période dans l’imaginaire français, et sur la place qu’y occupe désormais l’historien américain, devenu à sa manière un      «  lieu de mémoire ».

quatrième de couverture

 

(…) Dans l’esprit de beaucoup de Français, qu’ils aient lu ou non ses ouvrages, Robert Paxton est un peu plus qu’un historien de renom : il est devenu une sorte de « lieu de mémoire », c’est-à-dire une «  unité significative, d’ordre matériel ou idéel, dont la volonté des hommes ou le travail du temps a fait un élément symbolique d’une quelconque communauté », définition qu’en donne Le Grand Robert de la langue française, et que cité Pierre Nora lui-même dans le dernier tome de son œuvre imposante.(1) Un « lieu de mémoire » ressortit autant au symbolique qu’à l’imaginaire. Il cristallise une vision du passé autour d’un lieu, physique ou virtuel, d’un rituel, voire d’un individu remarquable, qui nous renvoient au passé et offrent une borne, un point de repère plus ou moins permanent dans la chaîne du temps social et historique.(…)

(1) Pierre Nora, « L’ère de la commémoration », in Pierre Nora (dir .), Les Lieux de mémoire, tome III : Les France,p.1004


Henry ROUSSO

La France sous Vichy – Autour de Robert O. Paxton

pages 299 & 300

éditions complexe

 

          



Robert  O. PAXTON

 

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débat organisé par la librairie « Les Cahiers Lamartine » avec Jacques Sémelin et RobertPaxton


Robert PAXTON / Jacques SEMELIN 

 émission de France Culture enregistrée à Cluny (53 :00)

 

 

 

Près de quatre-vingt mille juifs (français et étrangers) demeurant en France en 1940 ont été tués par les nazis durant les années d’Occupation. Cette tragédie est désormais établie et documentée. Leur histoire en appelle cependant une autre, trop peu étudiée par les historiens, et que l’auteur de ce livre prends à bras-le-corps. Puisque environ trois cent mille juifs vivaient alors dans notre pays, cela signifie que 75% d’entre eux ont pu échapper à l’extermination. Pour les juifs français, cette proportion avoisine les 90%. Par comparaison, la Belgique n’a compté que 55% de survivants et les Pays-Bas 20%.

Comment comprendre cette singularité du cas français,  puisque la volonté nazie de détruire les juifs et partout semblable et que Vichy collabore à leur déportation ? Cette question était encore un « point aveugle » dans l’historiographie de la Shoah. Certains ont même parlé d’une « énigme française ».

Au terme d’une enquête de plusieurs années, riche de témoignages et d’archives, écrite d’une plume sensible et sereine, Jacques Semelin apporte une contribution décisive. Il brosse un tableau radicalement autre de la France occupée. Une société plurielle et changeante, où la délation coexiste avec l’entraide, où l’antisémitisme n’empêche pas la solidarité des petits gestes. Sans jamais minimiser l’horreur du crime, ce livre monumental ouvre une nouvelle période dans notre lecture des années d’Occupation. Il fera date.

Directeur de recherche au CNRS (CERI) et professeur à Sciences Po, Jacques Semelin est spécialiste de la résistance civile des crimes de masse. Son livre Sans armes face à Hitler (1989), désormais considéré comme un classique, vient d’être réédité. Il a aussi publié Purifier et détruire.Usages politiques des massacres et génocides (2005), ouvrage traduit aux Etats-Unis par la Columbia University Press.

Jacques SEMELIN

Persécutions et entraides dans la France occupée

quatrième de couverture

éditions des arènes – seuil

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« Voici l’histoire d’un meurtre politique de masse. » C’est par ces mots que Timothy Snyder entame le récit de la catastrophe au cours de laquelle, entre 1933 et 1945, 14 millions de civils, principalement des femmes, des enfants et des vieillards, ont été tués par l’Allemagne nazie et l’Union soviétique stalinienne. Tous l’ont été dans un même territoire, que l’auteur appelle « terres de sang » et qui s’étend de la Pologne centrale à la Russie occidentale en passant par l’Ukraine, la Biélorussie et les pays Baltes.

Plus de la moitié d’entre eux sont morts de faim. Deux des plus grands massacres de l’histoire – les famines préméditées par Staline, principalement en Ukraine, au début des années 1930, qui ont fait plus de 4 millions de morts, et l’affamement par Hitler de quelques 3 millions et demi de prisonniers de guerre soviétiques, au début des années 1940 – ont été perpétrés ainsi. Tous deux ont précédés l’Holocauste et, selon Timothy Snyder, aident à le comprendre.

Les victimes des deux régimes ont laissé de nombreuses traces. Tombées après la guerre de l’autre côté du rideau de fer, elles sont restées dans l’oubli pendant plus de soixante ans et ne sont revenues au jour qu’à la faveur de la chute du communisme. Timothy Snyder en offre pour la première fois une synthèse si puissante qu’un nouveau chapitre de l’histoire de l’Europe parait s’ouvrir avec lui. Ce faisant, il redonne humanité et dignité à ces millions de morts privés de sépultures et comme effacés du souvenir des vivants.

Par sa démarche novatrice, centrée sur le territoire, son approche globale, la masse de langues mobilisées, de sources dépouillées, l’idée même que les morts ne s’additionnent pas, Timothy Snyder offre ici un grand livre d’histoire en même temps qu’une méditation sur l’écriture de l’histoire.


Timothy SNYDER

terres de sang

quatrième de couverture

gallimard

 


Timothy SNYDER

 

Timothy SNYDER à Bibliothèque Médicis (59 :15)