IKONIUM HORS LES MURS


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exposition

du 6 au 23 mars 2013

« atelier d’artiste » proposé par nane tissot

 

PIERRE MICHELOT

DESSIN  GOUACHE  GRAVURE  PEINTURE


 

Pierre Michelot, peintre, expose un ensemble d’œuvres récentes appelant à la méditation et portant un regard fait de mesure, de retenue, de poésie sur le monde.

 

Pour avoir suivi pendant de nombreuses années le parcours de Michelot, je retiens d’abord de son œuvre la mesure, la retenue et la densité. Nulle hâte ni artifice. Un travail qui laboure le temps à pas d’homme. Un homme qui se construit en même temps que l’œuvre qui en est le reflet. Michelot, calmement, arpente le champ de ses affinités et expériences tissées avec la terre, sa terre, et établit un inventaire de ses rapports avec elle. Page après page, c’est le constat d’une chaude connivence avec le monde. Un monde qu’il n’est pas nécessaire d’aller chercher au Népal ou dans les Galapagos. Ce peut être simplement le bout du champ, là,  à portée de lance-pierres, qui, si on le regarde avec complicité, pose, comme tout autre élément constitutif du tout, les mêmes essentielles questions et quelquefois autorise une réponse. Chaque peinture, chaque page, est à la fois prolongement de la précédente et tremplin pour accéder aux suivantes. Construire enfin une œuvre plus importante que la somme des différents matériaux qui la composent. Ainsi, anecdotiquement, je pense au tailleur de pierre qui voulait gravir une falaise. Il façonnait des marches dans la roche, patiemment, les montant l’une après l’autre pour équarrir les suivantes. Il se hissait à l’aide de son ouvrage pour le poursuivre. Arrivé au sommet, ce n’était plus une succession de marches mais une œuvre nouvelle, un escalier.

 

Il ne faut pas balayer du regard les toiles de Michelot. Elles demandent à être regardées lentement, posément. Si l’on ne peut plus parler, à leur propos, d’une œuvre clairement sereine on ne peut, à coup sûr, la qualifier de désabusée, morose ou anxieuse. Pour ma part, je la trouve chaleureuse. Elle n’agresse pas le spectateur. Ni tambour ni trompette, pas d’oriflammes brandis pour capter l’attention, se laisser envahir par leur présence et pénétrer dans le tissu des formes en apparence simplifiées que parent des gammes graves et sonores. Dans ce calme de surface le plus léger fléchissement d’un plan, d’un trait acquiert une valeur particulière, fait naître un léger trouble, soulève une question, de celles que nous posons, devant les événements inattendus et les incertitudes de la vie. Mais ici rien n’est dicté, la réponse ne peut venir que de nous. Je suis sensible, dans certaines de ses peintures, à ces plans suggérés que seul le regard construit. Un peu comme ces ornières dont la roue ne peut se déprendre et condamne le véhicule, malgré le conducteur, à suivre une voie non prévue.

La rencontre, l’abordement de deux plages vibrantes, cette ligne frisante, oscillante, ce basculement d’une lumière à l’autre, pourrait plus facilement qu’avec des mots trouver une équivalence en musique. Songez au déploiement, à la souplesse du passage d’un accord à l’autre dans l’andante du 14° quatuor de Beethoven, moment mouvant où les sons abolissent la mesure, efface et construit une nouvelle plage sonore, fugitive, déjà évanouie pour devenir autre sans que l’on puisse déterminer à quel moment s’est produit la métamorphose.

 

Et puisque j’en suis aux équivalences, je voudrais décrire ici ce que me suggère l’œuvre de Michelot. C’est une gageure. Je dois pour cela puiser dans un arsenal d’images qui me sont personnelles. Me suivront peut-être les personnes ayant une sensibilité proche de la mienne. Encore faudrait-il que nous ayons la connaissance des mêmes références. Certaines de ses peintures réveillent en moi des images enfouies, de libres associations de souvenirs. Tel de profonds et calmes espaces qui, pour n’être pas descriptifs, sont infiniment présents. Des paysages, des panoramas, des horizons, mais aussi des matières, la pierre, la roche, squelette de la terre. L’œuvre de Michelot est d’ici, sous nos pas, solidement ancrée dans le sol. J’arpente des territoires, je pénètre des contrées. Ces lieux ne sont pas nommés, mais je les reconnais. Je reconnais aussi le minéral, élément premier d’édifices, ces coquilles de l’homme. Chacune de ses toiles considérées comme partie constitutive d’une construction plus vaste. Ainsi de ces pierres taillées une à une, chacune lourde de sa beauté, qui se conjuguent ensuite dans l’appareil d’un mur, d’un piler, d’une voûte. Chaque pierre, œuvre unique, participant à un ensemble architectonique signifiant. Ainsi les toiles de Michelot entraînent mon imagination, ravivent le souvenir de ces bâtiments sobres et puissants que sont, entre autre, des abbayes comme celles de Tournus ou du Thoronet.

Robert PLANET

extraits de

Pierre Michelot

Les dossiers d’art contemporain

Editions Porte du Sud

Villeneuve-sur-Yonne

 

 

Pierre MICHELOT


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